Hommages

 

    Marie Christine

                                                                     

     C’est une épreuve difficile de mettre les mots pour exprimer des sentiments envers une personne pour qui on éprouve de l’affection.

En tant que thérapeute, j’ai appris dans l’université durant des années à mettre de la distance entre le patient et moi, ce qui est d’ailleurs indispensable dans le processus thérapeutique. Mais je reste un être humain avant tout, et Marie Christine je l’ai connue à l’hôpital, une personne très sensible à la musique, toujours la première présente et elle faisait même de la publicité dans les couloirs de l’hôpital et invitait les patients à venir assister aux ateliers.

Marie Christine n’a pas cessé de réclamer la musicothérapie quand l’atelier a pris fin (pour des raisons budgétaires), nous sommes restées en contact et je voyais à distance sa rechute. Entre temps j’étais enceinte je ne pouvais rien faire pour elle, à part un mot ou une pensée de temps à autre.

Très rapidement le cancer a attaqué une grande partie de son corps, je suis allée la voir et j’ai laissé mon enfant  au rez-de-chausée de l’hôpital avec une amie car il était interdit de faire monter les enfants dans les chambres. J’étais entrain de chercher le numéro de sa chambre avec mes instruments, en arrivant devant la porte j’ai perçue une autre personne, je suis donc retournée vérifier le numéro de la chambre qui était toujours le même. J’ai pris courage et j’ai ouvert la porte…et là j’ai vu une autre Marie Christine.

La maladie a attaqué même les traits de Marie Christine, en peu de temps elle n’étais plus la même personne…

Durant cette dernière rencontre, on s’est regardé profondément et j’ai joué de la musique. On a peu parlé et j’ai oublié mon archet dans ta chambre Marie Christine, un acte manqué qui résume tout ce que je n’ai jamais réussi à te dire.

Tu m’as appris comment être musicthérapeute.

C’était notre dernière rencontre, mais je sais que tu es toujours là, je sais que tu es entrain de lire ce texte chère Marie Christine. Tu m’as énormément appris, un thérapeute apprends à travers ses patients avant tout, et pour toi je vais continuer mon combat.

Je sais que tu es bien là ou tu es, Merci d’exister dans ma vie, merci de t’avoir croisé au début de ma carrière, tu m’as tellement appris.

Je t’embrasse là ou tu es.

Beya BARKOUS

 

 

Mme Djékiné

    Cette photo était prise en octobre 2014 à l’hôpital Bobigny en France durant la journée de sensibilisation au dépistage du cancer du sein. 

La dame sur la photo s’appelle Mme Djékiné, elle est décédée depuis quelques mois après un long combat avec la maladie.  Comme vous voyez dans la photo je tiens à la main un objet qui ressemble à un bol. Cet objet est un instrument de musique: il s’appelle un bol tibétain, un instrument très ancien que les gens prient avec au Tibet. Le bol est fabriqué avec plusieurs métaux, et quand on joue avec il vibre très fort et on peut sentir les vibrations sonores en le touchant ou en le posant sur une partie du corps.

Cet instrument est un cadeau d’un ami et thérapeute qui m’a aidé à surmonter des problèmes personnels. Depuis qu’il me l’a offert je l’emmène partout dans mon travail, comme si la guérison est contagieuse. Mon ami m’a aidé à apaiser des chagrins profonds en moi et devenir meilleure, et moi à travers mon travail  j’essaie de faire pareil.

Dans la photo j’ai joué au bol tibétain sur les mains et les épaules de Mme Djékiné, elle me disait en baissant la tête que les vibrations sonores qu’elle a reçues lui ont fait du bien.

Mme Djékiné exprimait son ressenti avec beaucoup de timidité comme vous la voyez car elle verbalisait un ressenti de bien être et confort lié à son corps et qu’elle n’a pas l’habitude de faire. Dans cette même année, j’ai vu des dames avec la même pudeur de Mme Djékiné qui ont réussi à libérer des émotions emprisonnées dans leurs corps dans l’atelier de musicothérapie qui a eu lieu à l’hôpital Avicenne en service d’oncologie. J’ai été impressionnée de voir leurs changements et évolutions. Elles avaient juste besoin d’exprimer des ressentis et libérer des forces, sans mots, sans peur, sans règles. J’étais là pour leur offrir ce cadre.

L’atelier de musicothérapie a eu un grand succès cette année grâce aux dames qui venaient régulièrement et qui avaient la volonté de combattre leurs maladies. 

Merci pour ce moment partagé Mme Djékiné,  Paix à votre âme…

Beya BARKOUS